Voilà, c’est fini…

AVoilà, c’est fini…

Un stage se termine, pas n’importe lequel…le dernier, le dernier des derniers.

J’ai donc fini mon internat de Médecine Générale ce soir,

J’ai fini mon dernier stage ce soir,

J’ai rangé mon dernier bureau ce soir,

J’ai mis ma dernière blouse au sale ce soir,

J’ai bu mon dernier café dégueulasse ce soir,

Je suis rentré de cet hôpital pour la dernière fois ce soir,

Et là j’ai eu des milliers d’images qui me sont passées par la tête, des images accumulées depuis ces 10 ans (P1 redoublée incluse), entre bancs de la fac, exams, rattrapages, stages, gardes, vacances…

Le jour où j’ai décidé de faire médecine après 1 an d’IUT Biologie, hésitation entre Prépa Kiné, Laborantin. Ca s’est amorcé par les cours de biologie animale de l’IUT. Il faut dire que là bas, on faisait que dans le légume, rapport à la spé « Agronomie », et puis j’ai trouvé marrant ce vétérinaire qui nous disait que quand une vache s’étouffe avec une pomme, selon si tu lui injectes le médoc (lequel?) en IM ou en IV, la pomme se barre d’un côté ou de l’autre de la vache.

Je suis allé voir un cours d’anat à la fac de Médecine, c’était « Membre Inférieur ». Le prof, c’était le prof que chaque étudiant rêve d’avoir, le mec à barbe, qui a au moins 200 ans, qui dessine au tableau noir avec une craie dans chaque main, qui te sort des couleurs de craies inconnues, genre « Comme à l’accoutumée, je ferai le péritoine en parme ». L’ancien Doyen de la Fac. Quand il terminait son dessin, tu avais juste envie de le prendre en photo, et c’était pas discret, parce qu’à l’époque, y’a 10 ans, y’avait pas de SmartPhones, peut être le premier iPhone…

J’ai trouvé ça fascinant, ça m’amusait encore plus que les vaches avec leurs histoires de pommes…

Alors j’ai signé…

Je me souviens de la prérentrée, dans un amphi « Vidéo », avec les « anciens » (Enfin les mecs qui venaient juste de terminer ce que tu allais commencer, tous fiers d’avoir réussi, là où tant d’autres avaient subit la dure loi du Numerus Clausus…

Je m’étais dit : « Si lui avec son gros cul et sa tête de débile a réussi, toi tu peux y arriver »…

Je me souviens du disque que j’écoutais le jour de la rentrée, c’était Absolution de Muse…à fond dans les oreilles…

Mais là, le drame, je venais d’emménager seul dans mon premier appart…Autant te dire qu’en P1, un gugus comme moi, seul, c’est pas le bon cocktail…J’avais l’impression de bosser c’est sur, mais vraiment pas bien…alors plantage, et on y retourne, en tant que Carré cette fois.

Là c’était pas la même musique, du one shot!! Cours, bachotage, conf avec les anciens, et une fois par semaine, une grosse torpille dans mon bar fétiche, et c’était reparti pour une semaine!!

Le coffre de la bagnole toujours blindé de poly en tout genre, quand tu vas chez papa et maman…Tu te dis que ça le fera pas, que tu passeras pas, que y’en a bien au dessus de toi…

Je me souviens aller aux résultats, avec une boule au ventre comme rarement, dire « Ta gueule! » à ma copine qui m’accompagnait et qui me disait juste gentiment, « Ca va le faire! Tu vas l’avoir! »…

Je me souviens regarder le tableau, agglutiné avec des dizaines d’autres, qui pleuraient, qui hurlaient, qui sautillaient…

Je me souviens regarder bien attentivement…Moi….le doigt qui glisse latéralement vers le classement, bien droit pour pas glisser sur la ligne du dessous ou du dessus, pour pas te dire « Putain mais merde quoi!! », moi pas de bol, j’ai un nom assez courant, alors le mec d’au dessus et la meuf du dessous s’appelaient pareil, je t’imagine pas le nombre de Km que mon index a parcouru de gauche à droite et de droite à gauche, toujours bien droit…

142…OK…Putain…Ils en prennent combien???? Putain je sais plus…

Je me souviens me retourner, croiser le regard d’une copine,

« Putain ils en prennent combien Mathilde???? »

« 146 »

« 146?….Donc 142 c’est bon non???!!Oh Putain…(intérieur) »

Je trace dans la rue….les larmes aux yeux!!Bam, P1? Check!

« Allo Maman? Bon bah c’est mort… »

« Pas grave mon fils… »

« Nan j’déconne! »

« T’es vraiment trop con! »

Je me souviens des litres de Champ écumés cet été là…

Mon stage Infirmier…en Rhumato, service où j’avais déjà bossé l’été d’avant en tant que brancardier.

Je me souviens de la rentrée de P2, l’année de la débauche…des soirées, des zinzins, des litres d’alcools non identifiés, des concours de PES sur la PlayStation…et des 6 matières non validées à la fin, à repasser en Septembre…

Et là encore, c’était passé!

Je me souviens m’être dit « Maintenant tu bosses et Fuck! »

D1 validée du premier coup, j’étais dans les Landes,

D2, une matière en septembre, j’étais en Andalousie,

D3, le même délire, avec en plus les confs d’internat qui commençaient…il fallait voir un peu plus loin que les partielles…

Je me souviens des soirées à bosser, à me dire que les patients des cas cliniques, ils avaient quand même pas de bol, déjà ils avaient des maladies bizarres, en plus ils se tapaient toutes les complications possibles, on leur filait des médoc, ils se chopaient les effets secondaires….les pauvres…Et y’avait toujours la dernière question du cas du genre : « Vous revoyez Mr P. 15 ans plus tard, il tousse toujours, quel est le diagnostic? » Putain mais j’en sais rien moi!!

Je me souviens que je voulais faire NeuroChir, plus que tout, et si ça marchait pas, MédGé…bon j’ai eu MédGé, et je ne regrette pas.

Je me souviens des 3 jours passés dans ce petit appart, pas trop loin du centre d’examen..enfin…un hangar à bestiaux!!

Je me souviens du Pastis que j’ai bu le midi de la dernière épreuve, de rentrer chez moi apaisé…

Je me souviens être parti en Islande 2 semaines avec mes sous-colleurs, 2 semaines en bus à faire le tour de cette île, alors que les autres allaient en Tunisie, au Maroc, aux States…nous???Islande!!! Fuck Off!!! EN mode Tente dans le sac de rando, le bus te dépose à un endroit avec un nom imprononçable, tu te rends compte que le volcan à grimper se situe en fait à 10 bornes de là, qu’avec ton sac de 25 Kilos, ça va pas le faire, alors tu attends le bus du soir, 12h après, sous la pluie, à bouffer de la morue séchée…le bonheur!

Je me souviens du jour des résultats de l’Internat…enfin DES jours, puisque chaque jour amenait sa rumeur : »C’est aujourd’hui »…horrible.

Je me souviens DU VRAI JOUR, connection internet OK (si là t’as un truc du genre « Erreur Réseau », tu vas gentiment assassiner ton fournisseur!), je rentre mon nom, mon numéro, ça tombe, pas terrible, ok, c’est fini, neurochir c’est dead, tant pis, c’est cool quand même!

Je me souviens de l’amphi de garnison, en région Parisienne, du Kéno que j’ai fait ce jour là, d’attendre 1000 ans que vienne ton tour, d’entendre « MedGé Océan indien! » SALOOOOOOOOOOOPE!!!!!

Je me souviens de la répart des stages. URGENCES, URGENCES, URGENCES, Tu prends Urgences toi?? Putain enculé… Bon finalement je l’ai c’était gratuit mec!!

Je me souviens de ma première garde. Celle dont tu parles pendant 2 semaines…de pas dormir…de galèrer…c’est toujours comme ça que j’ai le mieux appris!!

Des patients…des milliers de patients croisés dans ces couloirs, ces boxes, ces salles de radio, des odeurs, des trucs chelous, des spé qui me pourrissaient gratuitement aussi…

Je me souviens d’y avoir connu mes CoInternes préférés. On se voit toujours, tous les mois, avant chaque cours, le midi de chaque cours, deux se sont mariés, un bébé arrive pour le 9 Novembre, des maisons achetées, des Thèses…La vie quoi!!

Et puis ce soir, tout ça c’est derrière moi, ça revient comme ça, d’un seul coup…j’ai écrit ce mot sans réfléchir, j’ai oublié plein de choses, plein de gens, plein de noms, plein de maladies, plein de mots de passe d’ordinateur, plein de grosses conneries, un peu de brillants diagnostics, des réas de 4h du mat’ chez l’alcoolo du coin qui vomissait du sang.

Je me souviens de ce type pour plusieurs raisons :

1/ Je me sentais en confiance ce jour là

2/ je m’étais tapé plusieurs gardes d’affilée ou les mecs avaient tous pété un truc

3/ je connaissais le RéaGastro…

Le mec vomit du sang, il arrive par le SAMU.

Il est pâle je trouve non? AH bon? J’ai pas fait gaffe…

Bon bref, je le transfuse, j’appelle le réa, il arrive, il fibrote, il ligature, le mec revomit, se met en arrêt et convulse, le tout en 20 secondes….

Je regarde le réa :

« Pierre? Je masse? »

« Ca me paraît pas mal ton idée »…

Le mec est pas mort (tout de suite), j’ai regardé tous les jours si on lui faisait encore des prises de sang…petite astuce pour voir si ton patient est toujours en vie, puisque les morts, on les embête pas avec ça, ils ont assez de problèmes comme ça!

J’ai passé les meilleurs années à faire ça, c’était trop bon. Ce soir, ça s’arrête, mais ça va continuer quand même, différemment c’est sur…

A…

Des claques qui se perdent…

MDans les grosses villes, il y a des hôpitaux. Dans ces hôpitaux, il y a des services. Dans ces services, il y a des chambres. Et dans ces chambres, il y a des patients. Waw ! Incroyable ! (Je sais…) L’offre hospitalière est quand même assez riche : vous pouvez avoir une chambre simple, double, vue mer, balcon… Avec les repas matin, midi et soir servis à la chambre par le personnel. Le tout à 781,52€ la nuit… Tu peux te choper une sacrée suite au Carlton pour le prix ! Évidemment les chambres les chambres sont unisexes. Et enfin, le « H » de CHU ou du CH vient d’être rebaptisé pour « Hôtelier » !

Généralement, quand un nouveau patient est hospitalisé, on essaye de répondre du mieux possible à ses attentes : lui fournir une chambre simple si une est disponible.

En fonction des entrées prévues l’après-midi, il arrive qu’il y ait des changements chambres à faire. Par exemple, il ne reste qu’une place de femme en chambre double et on a une entrée d’homme prévue. Eh bien, on met une femme d’une chambre simple, dans la double pour libérer sa chambre simple et ainsi accueillir le patient homme.

Vous me suivez toujours ?

Jusqu’à présent, je n’avais jamais vu de patient faire de scène pour ne pas se retrouver en chambre double (les patients comprenant les contraintes des services). J’ai assisté l’autre jour, à quelque chose d’inimaginable.

Un patient est hospitalisé et on lui explique qu’on va avoir besoin de le mettre dans une chambre double pour pouvoir accueillir une patiente. Le patient s’est offusqué : « Je paye ma mutuelle, j’ai droit à ma chambre. Il est hors de question que je change de chambre. »

Il a même été jusqu’à simuler (oui, oui, tu as bien lu : SIMULER !) un malaise : « Oh, ça ne va pas… J’ai la tête qui tourne, des nausées… Je sens mon cœur qui bat fort. » Et de conclure : « Vous voyez bien : il vaut mieux que je reste seul dans ma chambre. » On approche le pathétique.

T’inquiète pas, tu vas la garder ta chambre. Oublie mon empathie.

Un delirium, un vrai !

MAh les fameux courriers médicaux… Chaque patient a droit à son petit compte rendu de son petit séjour à l’hôpital une fois sorti du service. Ce courrier est ainsi envoyé aux principaux correspondants, avec en tête le médecin traitant.

Généralement, la tache du courrier revient à l’interne. Tu te pars d’un magnifique dictaphone (en numérique dans les CHU à la pointe de la technologie ou à cassettes dans les hôpitaux moins high tech…).

Te voilà devenir le DJ du dictaphone : avance rapide, lecture, enregistrement, stop… Tout ça avec un seul doigt ! Bon c’est sur qu’au début, t’as plus l’air d’un manchot qu’autre chose. Mais ça vient vite ! Et avec le temps, tu gagnes en dextérité et tu maîtrises le dictaphone avec agilité ! Certes, ça épate pas les filles, mais on sait jamais !

Une fois ton courrier dicté, tu le donnes à la gentille secrétaire qui va le taper. Et là, je me mets à sa place : taper un courrier avec des mots improbables (syringomyélie / pseudohypoparathyroïdisme / oligoasthénotératospermie) ou des noms tordus (Waldenström / Von Recklinghausen / Goujerot Sjögren). C’est déjà compliqué à prononcer, alors à écrire !

Mais ce qu’il y a de pratique avec ces courriers, c’est que quand le patient revient dans ton service, il te suffit d’ouvrir son dossier pour retrouver ses derniers courriers avec ses antécédents, son traitement, etc…

Et parfois, tu tombes sur une perle ! Une vraie de vraie ! Un courrier dicté mais non relu par le médecin… Ça donne ça :

DT1

Retour de vacances

MConsultation d’un jeune homme au cours d’une garde aux urgences…

« – Bonjour, je suis le médecin des urgences. Vous pouvez me raconter ce qui vous arrive ?

– Bonjour, Docteur. Bah, en fait, je vais être honnête avec vous…

– Allez-y.

– Voilà, eh bien, je reviens de vacances. Je suis parti durant 7 jours. Ça s’est bien passé et tout. Sauf que je suis sorti tout le temps et là je suis complètement claqué.

– Oui…

– Et le truc, c’est que je reprends le travail demain mais je vais pas pouvoir y arriver…

– Donc ?

– Je voulais savoir si vous pouviez me faire un arrêt pour la semaine, que je me repose vraiment ? »

Hmmmm… Comment dire ? La marmotte met le chocolat dans le papier d’alu, c’est ça ?!

A bicyclette

MAh, l’été… Cette saison toujours attendue de tous, après ces loooonnnngs mois d’hiver. Cette saison bénie au cours de laquelle tu peux encore profiter d’un barbecue à 22h. Ou bien, qui te permet de faire des activités dehors, de refaire du sport. Parce que l’excuse du « Il fait froid » ; « Il pleut » ; « Il fait nuit », tombe à l’eau.

Alors du coup, tu ressors tes plus belles baskets et tu dépoussières ton vélo pour faire une petite balade à travers la campagne.

Tu te prépares pour aller faire ton petit tour. Petit short et t-shirt sympa.

Et hop, c’est parti !

Tes cuisses te supplient d’arrêter mais au fond de toi, tu te dis que « C’est le moment de faire la guerre à cette (p****) de cellulite » qui n’a que trop vécu sans te demander ta permission.

Alors, tu pédales avec fougue et vigueur. Tu te sens revivre, tu dépenses des calories. Ah, et puis ce petit air frais, ça fait un bien fou ! Tes poumons te disent « Merci ! ».

Mais… Un moment d’égarement à t’émerveiller devant la nature et ton vélo t’échappe, tu perds l’équilibre. La chute devient inévitable.

Direction les urgences de l’hôpital le plus proche.

Le petit interne de garde te prends en charge. Il panse tes plaies qui ne sont que des égratignures, certes étendues mais égratignures seulement. C’est sur que tu ne ressembles plus à grand chose à ta sortie de l’hôpital : des cheveux en vrac, un visage complètement bandé (Toutankhamon n’a plu qu’à bien se tenir !), une patte gauche qui boite et enfin, un t-shirt ensanglanté sur lequel on peut lire : JE SUIS TROP SEXY.

Et le petit interne n’en finit plus de se marrer !

Sans rancune

MDenise connait bien sa maladie. Elle sait que son cancer a commencé à envahir plusieurs de ses organes. Ça avait débuté au poumon.

Saloperie de clope.

Elle n’est pas dupe, elle voit bien que son corps est en train de changer. Que sa maladie avance. Son poids diminue de semaines en semaines. Son visage se creuse. Ses membres deviennent de plus en plus fins. Inexorablement.

Elle se présente à chaque RDV de chimiothérapie. Désormais, elle vient avec un bandana sur la tête pour cacher son crâne nu. La chimio lui a fait perdre tous ses cheveux.

Mais à vrai dire, elle s’en fout. Elle ne regrette rien, elle vit ce qui lui reste à vivre sans se poser de questions.

Et quand elle vient en hôpital de jour pour sa chimio, c’est avec son sac à main sur lequel on peut lire : « J’AIME MON BURALISTE ».